Jean Prouvé

Jean Prouvé est le fils du peintre et sculpteur Victor Prouvé. En 1916, il est contraint d’abandonner ses études à la suite de difficultés financières de la famille. Il entre en apprentissage chez le ferronnier Émile Robert à Enghien, puis en 1919 chez Szabo. Son correspondant à Paris est André Fontaine, intellectuel progressiste qui marquera le jeune Prouvé comme l’ont marqué les artistes de l’École de Nancy : ne jamais copier. Après son service militaire, il monte en 1924 un atelier à Nancy, avec un prêt d’un ami de la famille et conçoit dès cette première année sa « Chaise inclinable » en tôle d’acier pliée laquée et toile2. Ses premières réalisations sont des ferronneries pour des édifices privés : hôtel Thiers de Nancy, devantures de magasins parisiens. En 1926, il reçoit sa première commande d’un architecte : la grille d’entrée de la Villa Reifenberg à Paris par Robert Mallet-Stevens, lequel le sollicite à nouveau en 1928 pour réaliser à la Villa Noailles les ferronneries escamotables de la chambre en plein air aménagée sur la terrasse.Il comprend alors que la ferronnerie traditionnelle a vécu et que sa voie rejoint l’architecture et l’industrie : concevoir, dessiner et produire des meubles, des éléments d’architecture, plus tard, des maisons. Il crée la SA des Ateliers Jean Prouvé en 1931, réalise du mobilier pour les sanatoriums du plateau d’Assy, et à partir de 1935, dessine la Maison du peuple à Clichy avec Eugène Beaudouin, Marcel Lods et Vladimir Bodiansky, considérée comme précurseur de l’architecture moderne.Il met ses ateliers en sommeil pendant la Guerre, est nommé maire de Nancy à la Libération. En 1946-1947, il installe ses ateliers sur un terrain plus grand à Maxéville, en banlieue de Nancy.Dès la fin de celle-ci, il étudie et met en fabrication des maisons légères avec Pierre Jeanneret, puis, en 1950, le ministère de la Reconstruction lui commande douze maisons industrialisées, qui seront montées à Meudon. Ce qui devait être le prélude d’une commande importante restera sans suite. En 1951, il réalise des sheds en aluminium pour l’Imprimerie Mame à Tours (architecte Bernard Zehrfuss), première mondiale. Mais l’inflation, les frais de l’installation à Maxéville, l’importance des investissements à faire déséquilibrent la trésorerie de l’entreprise. L’Aluminium français d’abord, la Cégedur ensuite, entrent dans le capital et cette dernière évince bientôt Prouvé de la direction de son entreprise (1953). En « dédommagement », L’Aluminium français lui commande le Pavillon du centenaire de l’Aluminium qui sera monté en 1954 sur les quais de la Seine à Paris.En 1954, Jean Prouvé participe avec Charlotte Perriand à l’appel d’offres lancé pour l’ameublement de la Résidence universitaire Jean Zay à Antony. Il obtient la commande de mobilier pour les salles communes, les restaurants et une partie des chambres.

Ses réalisations en tôle pliée (à l’origine d’un coût inférieur et d’une résistance supérieure, à l’instar de la carrosserie des voitures) – bibliothèques, fauteuils, chaises, lits Antony, bureaux et tables Compas, tables de réfectoire3 – sont exemplaires et figurent aujourd’hui parmi les meubles les plus cotés du XXe siècle (une édition originale de la chaise Antony s’évalue autour de 40 000 € ; un fauteuil Kangourou s’est vendu 152 449 €, en mars 2001 ; une bibliothèque peut valoir jusqu’à 160 000 €).

Ayant perdu l’espoir de retrouver ses Ateliers de Maxéville, Prouvé fonde avec l’architecte-écrivain Michel Bataille, Les Constructions Jean Prouvé, et réalise la Maison des Jours Meilleurs, dite aussi de l’abbé Pierre, montée pour le Salon des arts ménagers en février 1956 à Paris. « C’est la plus belle maison que je connaisse » dira Le Corbusier. Mais l’agrément du CSTB lui ayant été refusé, elle restera à l’état de prototype. Il réalise la même année la nouvelle buvette d’Évian (Maurice Novarina architecte) et en 1957, l’école-béquille à Villejuif, avec le concours de l’ingénieur Serge Ketoff.La CIMT l’engage alors comme responsable du département « bâtiment », mais à son grand dam, Prouvé restera alors un dessinateur, coupé des ateliers.Il met au point des systèmes de façades légères qui bénéficient de ses recherches antérieures et dont l’élément déterminant est le profil raidisseur. Le standard rigoureux est amélioré grâce aux techniques de fabrication de pointe (emboutissage, extrusion) et à une qualité d’exécution qui résout les problèmes de finition et d’isolation (aérogare d’Orly-Sud, Henri Vicariot architecte, 1959) mais n’exclut pas les variantes et les adaptations (Hôtel de ville de Grenoble, Maurice Novarina architecte, 1966 ; faculté de médecine de Rotterdam, Choisy architecte, 1967).À titre personnel, il participe à des recherches (maison saharienne avec Charlotte Perriand, 1958), des consultations (verrières à raidisseurs en acier plié du CNIT à Paris-La Défense, Bernard Zehrfuss architecte, 1957), des concours (avec Joseph Belmont et M. Silvy : écoles GEEP, 1960 ; lycées CCC, 1963).

En 1966, quittant la CIMT, Prouvé ouvre un petit bureau d’études où s’élaborent des projets qui font date et démontrent la constante évolution et l’extraordinaire esprit d’adaptation de ce constructeur.

Il collabore avec les architectes les plus prestigieux pour des bâtiments qui portent la marque de son intervention (le CNIT, tour Nobel à Paris-La Défense Jean de Mailly architecte, 1967 ; aile V de l’Unesco Paris, Bernard Zehrfuss architecte, 1969 ; siège du PCF à Paris, Oscar Niemeyer architecte, 1970).

Au début des années 1960, Prouvé conçoit en collaboration deux importants systèmes de construction : la « toiture réticulaire à surface variable » qui s’adapte à tous les types de construction (avec Léon Pétroff ingénieur) et le Tabouret, procédé mettant en œuvre deux seuls éléments : un poteau et une poutre (Alpexpo à Grenoble, Claude Prouvé architecte, 1968 ; Université libre de Berlin, Georges Candilis architecte, 1969).

Jean Prouvé collabore avec quatre architectes et trois ingénieurs pour concevoir le MuMa – Musée d’art moderne André Malraux au Havre. Prouvé est à l’origine de l’utilisation de l’aluminium dans la conception du bâtiment. En décembre 1953, la maquette du futur bâtiment est dévoilée à Paris, au musée national d’Art moderne, à l’occasion de l’exposition « De Corot à nos jours au musée du Havre »4.

De 1957 à 1970, Prouvé est appelé pour occuper la chaire d’Arts appliqués du Conservatoire national des arts et métiers à Paris. Intéressé depuis toujours par la pédagogie, il met en place un enseignement qui illustre son approche industrielle de la construction, en s’appuyant sur l’analyse d’« objets techniques », de l’automobile à la construction, souvent à partir de ses propres expériences. C’est aussi pour lui l’occasion de formuler ses préoccupations concernant l’intégration du bâti à l’environnement.

La fin de la carrière de Prouvé est marquée par l’expérimentation de nouvelles matières (stations-services cylindriques Total) ou de composants (panneaux de façade de l’université de Lyon-Bron) ainsi que par plusieurs projets trop audacieux pour être réalisés, mais qui apportent à son œuvre une dimension urbanistique (siège du ministère de l’Éducation nationale, avec Joseph Belmont et Jean Swetchine, 1970 ; station des Arcs 2000, avec Reiko Hayama et Serge Binotto, 1970).C’est aussi le moment d’une reconnaissance internationale et de belles réussites : réussite technique pour la structure du Palais omnisports de Paris-Bercy (Michel Andrault et Pierre Parat architectes, 1978) ou la tour-radar d’Ouessant qui transcende le principe du noyau central en béton ébauché à Maxéville (Jacquin architecte, 1981). Réussite « morale » lorsque Prouvé est nommé président du Jury international pour le concours du Centre national d’art et de culture voulu par le président Georges Pompidou (1971). Imposant le projet de Renzo Piano et Richard Rogers, c’est en quelque sorte une part de son « héritage culturel » que nous livre Prouvé puisque dans ce bâtiment sont reconnaissables ses apports essentiels à l’architecture technologique, déjà présents dans le marché de Clichy quelque 35 ans plus tôt : structure en acier plié, façade-rideau en panneaux modulaires, mise en évidence des principes constructifs, flexibilité des espaces intérieurs, ainsi qu’une certaine désuétude qui rejoint aussi l’empirisme artisanal de Prouvé.Ce fut aussi un patron humaniste, voire utopiste. Innovant en tout cas : à Nancy, puis à Maxéville, octroyant à ses salariés les congés payés avant 1936 et promoteur de l’intéressement.